Les Passantes

 

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d’une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;


Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.


Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté

Dont le regard m’a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?


Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !

Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j’eusse aimée, à toi qui le savais !

A une passante

Charles Baudelaire, Les Fleures du Mal, 1857

Je veux dédier ce poème

A toutes les femmes qu’on aime

Pendant quelques instants secrets

A celles qu’on connaît à peine

Q’un destin différent entraîne

Et qu’on ne retrouve jamais


A celle qu’on voit apparaître

Une seconde à sa fenêtre

Et qui, preste, s’évanouit

Mais dont la svelte silhouette

Est si gracieuse et fluette

Qu’on en demeure épanoui


A la fine et souple valseuse

Qui vous sembla triste et nerveuse

Par une nuit de carnaval

Qui voulut rester inconnue

Et qui n’est jamais revenue

Tournoyer dans un autre bal


A la compagne de voyage

Dont les yeux, charmant paysage

Font paraître court le chemin

Qu’on est seul, peut-être, à comprendre

Et qu’on laisse pourtant descendre

Sans avoir effleuré sa main


A celles qui sont déjà prises

Et qui, vivant des heures grises

Près d’un être trop différent

Vous ont, inutile folie,

Laissé voir la mélancolie

D’un avenir désespérant


Chères images aperçues

Espérances d’un jour déçues

Vous serez dans l’oubli demain

Pour peu que le bonheur survienne

Il est rare qu’on se souvienne

Des épisodes du chemin


Mais si l’on a manqué sa vie

On songe avec un peu d’envie

A tous ces bonheurs entrevus

Aux baisers qu’on n’osa pas prendre

Aux cœurs qui doivent vous attendre

Aux yeux qu’on n’a jamais revus


Alors, aux soirs de lassitude

Tout en peuplant sa solitude

Des fantômes du souvenir

On pleure les lèvres absentes

De toutes ces belles passantes

Que l’on n’a pas su retenir.


Les passantes

Antoine Paul, 1918

 

http://www.youtube.com/watch?v=l4Q7urIVYAE

A colui che si ferma a guardare la bellezza sospesa e rapida di una passante soltanto per aggiungere alla sua vita l’istante di un sogno lontano e solitario, per una felicità che "non è altro che visione, e labile acquerello"…


 

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Informazioni su silviavalens

Mi chiamo Silvia, sono di Roma. Studio lettere classiche e storia dell'arte, e canto rinascimentale e barocco. Mi interesso del mondo antico, dell'epoca rinascimentale e barocca, di musica, arte, teatro, danza, libri, letteratura, lingue, linguistica, dialettologia, filologia, filosofia, storia, antropologia. Amo i viaggi, la natura, il mare, i gatti, la cucina, le stoffe, i gioielli, le case, il Mediterraneo, le sue storie e le sue culture. Amo la bellezza e il sapere, in ogni loro forma, amo le conoscenze antiche che si tramandano di voce in voce, di mano in mano. "Ma come sempre è l'inganno a svelare la verità che altrimenti potrebbe sfuggire." R.Calasso, Le Nozze di Cadmo e Armonia
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